Laboratoire d'exploration, Hélène Latulippe

07.01.—
31.01.2020

Ateliers

501, rue St-Vallier Est
Québec (Québec) G1K 3P9
Canada

Directions

Heures d’ouverture

Lun-Dim
Fermé

À première vue, tout se ressemble. Pourtant, lorsqu’on s’approche, chaque gravure, chaque ligne dévoile sa construction unique, livre sa propre poésie. À chacun revient le plaisir d’y puiser un secret et d’en imaginer le sens.

Il y a quelques années, j’ai vécu à Yezi, Italie. Les fragments de la vieille maçonnerie de la cité m’ont spécialement intriguée. Si ces murs pouvaient parler qu’auraient-ils à raconter ? Combien d’énigmes dorment entre ces couches de stuc ? En Norvège, j’ai découvert la grandeur et la majesté des montagnes. En examinant les débris d’ardoise sur les grèves exiguës, j’ai compris que la nature avait enchâssé ses récits entre ces strates. Ainsi les « zones de mémoire », raconteuses d’histoires, se logent aussi bien dans les endroits naturels que construits. À Banff, mes observations m’ont conduite vers les vastes étendues de l’Alberta et vers les agglutinations engendrées par ces formidables collisions des plaques tectoniques.

Ma proposition est basée sur ces expériences et s’inscrit dans la continuité de ma recherche entreprise lors de ma résidence au Banff Center for the Arts and Creativity. Tout en demeurant fidèle à mon discours, je veux aborder mon travail pour créer une puissance de pénétration du sujet et une conversation entre l’oeuvre et le spectateur. Je souhaite amener ce dernier non seulement à lire sur et entre les lignes les fabulations de ses propres souvenirs comme c’est actuellement le cas, mais littéralement le faire circuler entre les strates de la mémoire. Ces couches seront-elles construites conformément à l’authenticité de l’évènement ou selon son évocation? 

J’envisage de traiter les strates en exploitant les gros plans. La conversation serait créée par la légèreté des éléments grands formats installés dans l’espace, juxtaposés ou superposés et réagissant au passage du spectateur.

Je travaille en deux étapes. La première a lieu dans l’atelier d’impression ; c’est la cueillette. J’accumule de façon intensive et intuitive une banque d’images. Je demeure attentive aux « joyeux accidents de parcours ». La seconde phase s’accomplit dans le silence et le recueillement du studio ; c’est la composition. Je laisse le travail se révéler. Je construis l’oeuvre en deux ou trois dimensions, par assemblage, pliage, juxtaposition ou surimposition. J’y ajoute parfois d’autres matériaux comme l’encaustique.

La mémoire engrave, efface, transforme, travestit. Elle enregistre les souvenirs de façon alléatoire et les modifie selon ses caprices, produisant de pures fabulations. Cette faculté envoie les souvenirs dans des rubriques nommées témoin, impression, trace, repère, cicatrice, réminiscence, engramme. Elle leur superpose des humeurs, des sons et des odeurs. Elle les cache simultanément sous différents points de vue, sous divers angles de perception ou dans l’ombre de certaines facettes de notre personalité. Elle est vive, sélective, affective, associative.

Inspiré par les écrits de Joan Gibbons et de Marcel Proust, mon travail explore la mémoire et son impact sur notre conception du monde. J’en cherche les réminiscences, les façonne, j’en extrais un affect avec lequel le spectateur peut s’identifier, lui faire écho.

Répondant à mon attrait pour la matière et à mon plaisir de faire des marques, j’élabore un vocabulaire autour d’une calligraphie simple, d’une couleur en aplat et d’un processus basé sur la répétition du geste. Ainsi, l’oeuvre peut se traduire en deux ou en trois dimensions, occuper le mur ou tout l’espace.

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